Enjeux œcuméniques actuels

Les pratiques autour de la guérison

08 novembre 2020

Le colloque 2020 de l’Institut supérieur d’études œcuméniques (ISEO) avait pour thème La compréhension et les pratiques de guérison dans les Églises chrétiennes. Ce sujet, survalorisé parfois et suscitant tout à la fois des turbulences, était au centre de la dernière rencontre des délégués à l’œcuménisme, à Lyon le 1er octobre dernier.

À Lyon, depuis plusieurs années des soirées « miracles et guérisons » sont organisées mensuellement par une équipe mixte catholique-évangélique (dans la ligne de l’Association internationale des ministères de guérison [AIMG] née en Suisse en 2002). Dans nombre de diocèses, on organise des temps de prières pour la guérison qui attirent et inquiètent. Tandis que nous, protestants, avançons dans ce débat « avec une extrême prudence et méfiance », pour parler comme Nicolas Cochand, professeur de théologie pratique à l’Institut protestant de théologie de Paris.

 

Des pratiques qui attirent et inquiètent

Rien n’empêche toutefois de réfléchir aux enjeux théologiques et pastoraux de ces pratiques en hausse. D’autant que celles-ci illustrent les relations nouvelles qu’entretiennent les confessions chrétiennes. Le 1er octobre, le père François Buet, aumônier catholique sur Marseille, présent à distance grâce à la magie de la vidéo, s’est attaché à redonner un cadre ecclésial et anthropologique à ce débat, laissant le terme guérison à la médecine et privilégiant ceux de prière de consolation ou de délivrance dans le champ du vocabulaire religieux. La pasteure Nicole Fabre, aumônière protestante auprès des Hospices civils de Lyon, a déployé une approche pastorale tout en écoute et en questionnement. Délégués catholiques et protestants, et les représentants des Églises anglicane, libriste, adventiste ou de Réveil ont ensuite confronté leurs expériences et convictions, soulignant les enjeux d’accompagnement, les difficultés autour de la non-guérison, les compréhensions différentes de la santé ou de l’action de Dieu, la place donnée à la dimension liturgique ou communautaire.

Soirée de guérison dans une église d'Atlanta ©unsplash

Reprise en main du côté catholique

À l’évidence, comme le dit Valérie Aubourg dans son livre récent Réveil catholique, le catholicisme emprunte à l’évangélisme son dynamisme, sa louange et sa volonté de montrer Dieu agir concrètement, mais il continue de savoir l’insérer dans son propre appareil doctrinal et liturgique. La fin des soirées mixtes lyonnaises « miracles et guérisons », témoigne d’une reprise en main par l’institution catholique de ce phénomène difficile à gérer. Quoique sous des modalités différentes, une même reconfessionnalisation s’observe du côté évangélique pentecôtiste.

En savoir plus

Pour aller plus loin

Parti reconquérir des terres françaises en voie de sécularisation, le catholicisme emprunte aux Églises évangéliques ses pratiques performantes. En associant les mots « Réveil » et « catholique », Valérie Aubourg entend montrer la manière originale dont l’Église de Rome s’en empare : cette régénération s’inscrit dans un héritage religieux et des traditions culturelles particulières. Elle consiste certes à suivre une ligne évangélique, mais également à la réinsérer dans la matrice catholique.

C’est donc au cœur de cette dialectique que se situe cette étude : entre « évangélicalisation » et « recatholicisation » du christianisme. L’ouvrage s’articule autour d’une recherche ethnologique menée sur trois terrains : les dispositifs Miracles et Guérisons, la Prière des Mères et le renouveau paroissial. Il permet, au final, de dresser le portrait d’un visage inédit du christianisme.

Réveil catholique. Emprunts évangéliques au sein du catholicisme, Valérie Aubourg, Labor et Fides, 2020, 384 p., 24 €.

voir sur le site des éditions Labor et Fides

Joël Geiser
responsable régional des relations œcuméniques
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