Lieux de paix - 20

Dans l’épaisseur du temps

08 décembre 2019

Le dernier texte de la série « Lieux de paix » nous emmène du côté des catacombes de Saint Calixte, un lieu de mémoire situé à la lisière de Rome.

On peut évoquer deux atmosphères liées aux catacombes : le dehors et le dedans, le dessus et le dessous.

 

Il faut d’abord avancer sur la Via Appia Antica. On laisse l’église « Domine quo vadis » pour une promenade bordée de prés et de cyprès, avec au loin, de temps en temps, des îlots de maisons anciennes préservées du trafic urbain. Touristes et pèlerins de toutes confessions, groupes et familles, à pied ou à vélo, se croisent dans une belle lumière. Plus on approche du site, plus la densité humaine est forte. La densité de curés aussi. En attendant l’heure de la visite, on poursuit la route un peu au-delà. Des pins et quelques belles villas, des gens assis dans l’herbe. Et la même incroyable douceur et tranquillité, la même paix soulignée par plusieurs. Chacun sourit à quelque chose ou à quelqu’un, comme vers une réconciliation universelle. Sauf peut-être cette femme âgée, encadrée de ses deux filles, jumelles et enceintes, qui tance un jeune couple enlacé devant une statue de Marie !

Les catacombes, un rendez-vous de mémoire et de paix © SD

Paix encore lorsque je descends sous terre pour retrouver la « ville des morts » (morts qui ont été transférés ailleurs depuis longtemps). Sur des kilomètres, un dédale de couloirs sombres mais pas effrayants, de logettes où l’on plaçait les corps des défunts, creusées dans le tuf sur plusieurs niveaux, jusqu’à une hauteur impressionnante. Sur plusieurs siècles, 500 000 corps de chrétiens (fidèles, martyrs et saints) ont été déposés là. Des rues, des chapelles, des fresques, des petits autels, éclairés pour nous, qui devaient être infiniment plus sombres lorsque les torches seules guidaient les pas des familles puis des pèlerins dans ces passages étroits. Une fois les dépouilles déplacées, l’oubli a tout figé pendant près de huit siècles.

 

J’aurais aimé rester un moment, à distance des vagues de visiteurs, dans ce silence particulier, dans l’épaisseur de la terre et du temps. Les mots d’un guide : ici les inscriptions ne parlent jamais de la mort, il n’y a que des paroles de vie et de résurrection. Ici, dans la cité des morts, on a célébré la vraie vie, la nouvelle naissance.

Séverine Daudé
journal Échanges
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