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Exilés, l’accueil d’abord

Daniel Alexandre

01 décembre 2016

Montpellier, centre-ville. Nous sommes accueillis dans un « squat officiel ». Ici résident des familles de réfugiés. Ils attendent là que la Préfecture les reloge pendant leur procédure de demande d’asile. La loi impose de les loger dans un délai de trois jours… Ils restent parfois plus de trois semaines ! Mais c’est un accueil rempli de sourires qui nous est réservé, à la fois plein de dignité et de chaleur humaine.

Petit-fils et fils de pasteur, c’est ainsi que se présente Daniel Alexandre. Il avoue avec humour : « Il fallait que ça s’arrête ». Son père lui a laissé le choix… et il a choisi. Il ne fera pas d’école biblique ni de catéchisme. Il se définissait, dans sa jeunesse, comme non croyant. Ses convictions religieuses, Daniel les découvre sur le tard. Après ses études, il devient chercheur en biologie au CNRS, métier qu’il exerce toujours. Il réalise que le monde universitaire et de la recherche est un microcosme, coupé des réalités du monde et particulièrement de ses réalités sociales. Pour Daniel, ce sont deux mondes en complète opposition.

Une rencontre par hasard ?

Comme beaucoup d’événements dans la vie, son premier contact avec des réfugiés est un accident, un hasard ou… peut-être pas ? Il perd les points de son permis de conduire et est convoqué au tribunal. Il se retrouve dans la salle d’audience en même temps qu’une famille de réfugiés, accompagnée par la Cimade. Cette famille cherche à obtenir un logement décent et surtout le droit d’asile. Tout est refusé ! Cependant Daniel est surpris par le plaidoyer de l’avocate. C’est lui qui est convaincu. Il décide d’accueillir la famille chez lui. Cela a duré deux ans !

Il découvre le drame des Yézidis, adeptes d’un monothéisme issu d’anciennes croyances kurdes. Cette minorité est persécutée en Afghanistan et en Arménie par Daesh, entre autres. Une minorité tellement invisible et méconnue que l’on ne lui reconnaît pas le droit d’asile.

Artyom est accompagné de sa femme et de ses trois enfants. Rapidement, le village de Prades-le-Lez, où habite Daniel, les intègre. Les enfants sont scolarisés et les parents bien acceptés. Comme ils sont sans-papiers, un fonds de dotation est créé qui permet d’acheter un troupeau de brebis dont s’occupe Artyom. Une économie sociale et solidaire est mise en place autour de ce troupeau, pour permettre à la famille de vivre. Aujourd’hui, Artyom est plombier-chauffagiste, il est à la recherche constante de chantiers.

Daniel et la famille qu’il accueillait allaient régulièrement aux petits déjeuners dominicaux du Babel Café. Ils s’y engagent pour aider à leur tour les autres. Pendant ce temps, le Groupement d’associations sociales et médico-sociales d’inspiration protestante à Montpellier (GAMMES) a pu leur fournir un logement. Aujourd’hui, ils attendent patiemment leur régularisation.

Daniel Alexandre (©Nicolas Boutié/Le Cep)

Un engagement pour les autres

Mais pourquoi ces réfugiés et demandeurs d’asile sont-ils obligés de dormir dans la rue ? Lorsqu’un réfugié invoque le droit d’asile auprès de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFFI), il doit être logé dans les trois jours qui suivent son dépôt de dossier. Aujourd’hui, il faut attendre trois semaines pour obtenir ce logement.

Ce qui scandalise Daniel, c’est la détresse de ces familles abandonnées à la rue. Il fait remarquer que très rapidement tout le monde tombe malade. Au bout de quatre à cinq jours, ces personnes sont perdues dans des villes inconnues, sans connaissance de la langue, elles ne peuvent pas lire les panneaux, elles sont livrées à leur sort. Daniel décide de tout faire pour aider ces familles et leurs enfants.

Il demande de l’aide et les loge dans un squat montpelliérain, l’Utopia. À la suite du démantèlement de ce le lieu, il demande le prêt de locaux vacants à la paroisse de Montpellier, ce qu’elle lui accorde pour le soutenir dans sa démarche.

Daniel Alexandre n’est pas intéressé par les démarches administratives. Il préfère laisser cela à des professionnels ou à des personnes plus habituées. Il considère ne pas avoir les connaissances nécessaires, il veut être sur le terrain : « Je ne suis pas un militant efficace ». Pour l’aider dans ses démarches, tout un groupe s’est organisé, dont une avocate qui est la présidente de la ligue des droits de l’homme à Montpellier.

L’accueil

Daniel a toujours vu du monde chez ses grands-parents et chez ses parents. Ils ont toujours eu une tradition d’accueil. Il se rappelle les mots de sa grand-mère : « J’ai protégé des Juifs, tu protégeras des Arabes ». Il réactualise ces paroles par « protéger des clandestins ».

C’est un homme de foi qui s’engage et avoue « écouter et obéir à la discipline de l’Église ». Plusieurs organismes lui ont demandé de s’engager : L’Association familiale d’entraide protestante (AFEP), GAMMES et le Centre d’accueil des demandeurs d’asile à Montpellier (CADA). Il a toujours le même but, dénoncer un système qui ne lui plaît pas, un système qui abandonne des hommes, des femmes et des enfants sur les trottoirs des villes, sans aucun secours. Il dénonce les accords de Dublin et préfère abriter des clandestins plutôt que de les renvoyer dans des conditions inhumaines. Autour de lui un réseau s’est construit. Des amis, des connaissances, des membres de l’Église accueillent chez eux des réfugiés pour quelque temps.

Tout au long de ce reportage, les accueillis, abrités dans les locaux sont venus à notre rencontre. Ce que l’on peut retenir ce sont ces sourires, une chaleur humaine et un accueil inconditionnel. C’est là que Daniel nous interpelle : comment se place-t-on en tant qu’individu, en tant qu’Église ? Il est toujours difficile de répondre à cette question. Mais nous ne pouvons pas rester indifférents au sort de ces milliers de réfugiés !

 

 


Repère

Daniel nous demande de lancer un appel :

Il recherche dans un rayon de 50 kilomètres autour de Montpellier des logements et des accueillants pour recevoir des familles de réfugiés avant leur demande d’asile ou après, et leur permettre de redémarrer une nouvelle vie décemment.

Ces logements doivent se situer à proximité d’un moyen de transport permettant de se rendre aisément à Montpellier. Toutes les démarches administratives doivent se faire auprès de la Préfecture.

Adressez au journal toutes vos propositions, nous les ferons suivre.

Serge RASPAUD, Nicolas BOUTIÉ
journal Le Cep

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